Voyage dans le garage ou « Tabarnack, j’suis en dépression ! »

Voyage dans le garage ou « Tabarnack, j’suis en dépression ! »

Int. du garage, soir.

Une famille composée d’un père, une mère et deux jeunes enfants, un garçon et une fille, entrent dans le garage.

Fils
Qu’est-ce qu’on fait dans le garage ?

Père, tandis qu’il s’assoie dans le divan
Ce soir on fait un spécial ! J’ai installé les divans et l’écran géant ici pour faire comme au cinéma ! Vous avez même le droit de manger autant de cochonneries que vous voulez !

Les enfants ne se font pas prier et se mettent à se servir dans les bols de bonbons et de chips, un vrai buffet sur la table devant le divan. Après quelques bouchées d’ogre, la cadette se retourne vers son père, l’air interrogateur.

Cadette
Papa… tu as toujours dit que ces cochonneries là étaient toxiques. Pourquoi aujourd’hui tu nous laisse en manger comme on veut ?

Père
Je viens de le dire: Aujourd’hui c’est spécial ! Gâte toi ma grande !

Mère
Là, il va falloir que vous choisissez le film ! Qu’est-ce que vous voulez écouter ?

Il y a une pile de boites de DVD de films pour enfants dans le meuble sous la télévision. Évidemment, les jeunes se disputent à savoir quel film écouter, sous le regard attendri des parents, qui vont jusqu’à verser une larme. La cadette remarque cette étrange réaction de ses parents mais ne peut pas y accorder trop d’importance, car elle est en plein débat avec son frère pour choisir le film. Une fois le film choisi, le frère aîné insère le film dans le lecteur. Lui et sa soeur retournent s’assoir sur le divan, collés sur leur parents.

Après quelques minutes, la fille cadette remarque encore le drôle d’air de ses parents.

Cadette, à sa mère
Maman… je t’ai entendu parler l’autre jour… Tu disais à mamie qu’on allait perdre la maison… Est-ce qu’on va perdre la maison ?

Mère
Ne t’en fait pas pour ça ma grande, c’est des histoires de grands… Écoute ton film.

Frère, à son père
Papa, pourquoi le camion est allumé dans le garage ?

La caméra PAN pour cadrer une mini-van en marche dans le garage.

Père
C’est parce qu’on va faire un grand voyage…


Évidemment, la première fois que j’ai eu cette idée noire, ça finissait avec les enfants qui s’endorment, suivit par les parents. Après, j’ai pensé rendre l’histoire plus pathétique en faisant survivre un des parent, ou un enfant avec des séquelles…

Aussi, les personnages n’étaient pas fictif dans ma tête sur le coup, c’était moi et ma famille. Disons que c’est la cerise sur le sunday des idées noires. J’avais des remords de pouvoir même imaginer des scénario aussi négatifs. Ça, c’est après avoir réfléchi à ce qui arriverait si je quittais mon emploi stable demain matin. C’est plus facile voir ce qui peut tourner mal que l’inverse, ce qui n’est pas pratique pour trouver du courage. Quand je pars en spirale dans ma tête, je peux me rendre loin, très loin. Après m’avoir secoué mentalement, j’ai changé la fin de l’histoire dans ma tête. Le père et la mère vont éteindre le camion et choisissent le voyage qu’est la vie sur Terre, avec ses hauts et ses bas. C’est aussi ce que je choisi.

Je tiens à vous rassurer, je n’ai pas de problème avec les idées noires. Je vis avec ça depuis que j’ai 12 ans. Il n’est pas rare que je fasse un inventaire dans ma tête de toutes les façons de mettre fin à mes jours en un endroit donné… en particulier à l’usine où je travaille. Ça fait 10 ans que j’y travaille et je trouve toujours de nouvelles façons d’en finir avec ma vie. Sauf que je n’ai pas réellement envie d’en finir, même si je déteste mon emploi comme un banquier déteste partager. Mon problème, c’est que je focalise trop sur ce que je n’ai pas et j’oublie tout ce que j’ai déjà. C’est ça être ambitieux.

Les idées noires, je sais très bien comment les gérer. Même que c’est une source d’inspiration, c’est ça être artiste, ça fait parti du « package deal ». Le symptôme de la dépression que je n’ai jamais eu à subir avant aujourd’hui c’est la perte intense d’énergie. J’ai été une semaine à seulement dormir et/ou méditer sans être capable de reprendre mon aplomb. Un bon ami m’a conseillé de consulter et une psychiatre m’a donné une semaine de repos supplémentaire. Ça a fait toute la différence et je vais déjà mieux.

Là, puisque j’ai été touché par cette « maladie » ça me donne le droit de dire tout haut ce que j’en pense: La dépression, ce n’est pas un dérèglement du cerveau. Oui, le cerveau ne sécrète pas assez (ou trop) de trucs chimiques, mais ce n’est que la manifestation physique de quelque chose de bien plus profond. Sinon, l’amour d’un parent envers son enfant est aussi une maladie. Parce que le simple fait d’être en présence de nos enfants, ça stimule des parties du cerveau en sécrétant des trucs chimiques spécifiques à cette émotion.

Donc, c’est quoi la dépression (selon moi) ? La dépression, c’est quand quelque chose doit changer dans notre vie et que nous sommes emprisonnés dans l’incapacité de faire le changement nécessaire. Pour ma part, je me sentais comme un lion en cage, une très petite cage pour un foutu gros lion. Pas capable de bouger ou même de me tourner sur moi même, le poil et la crinière qui dépasse entre les barreaux. Une minuscule cage de poche toute rikiki pour un lion gros comme l’Empire State Building.

Ainsi, non, je ne crois pas en la médication. Nous vivons des vies qui sont à des milles de ce que la vie humaine devrait être, on peut bien sauter les fusibles ! Je sais pertinemment que je suis hyper privilégié sur cette Terre mais c’est plus fort que moi, j’en veux plus. Je ne veux pas dire que je trouve insatisfaisant le fait de vivre l’amour fou avec mon âme soeur (ou ma flamme jumelle pour ceux qui connaissent le terme) et d’avoir des enfants beaux et intelligents, car je suis on ne peut plus fier et heureux de ma situation familiale. C’est la facette professionnelle de ma vie qui bouette à mon avis. Disons, pour faire une histoire courte, que je veux créer une oeuvre de l’ampleur de Star Wars en partant de rien sans contact ni famille riche. Rien de moins.

Le plus con là dedans, c’est que je progresse sans cesse, j’affine les talents requis pour réaliser mes rêves mais ça ne va pas assez vite à mon goût. J’ai l’impression… en fait, je ne sais même pas ce que sont mes impressions. Est-ce que je suis testé par l’univers sans cesse ? Est-ce, qu’au contraire, l’univers m’envoie le message d’abandonner et de me satisfaire de mon emploi ? Ou les deux en même temps ? J’en sais « fuck all » et je change d’avis au 45 secondes. Sauf que, c’est ça la vie.

Donc, que va faire le lion ? Il va tenter de sortir de la cage sans détruire l’univers qui l’entoure parce que c’est seulement de sa faute s’il est emprisonné. Personne ne l’a forcé. Il va devoir être patient et focaliser sur le positif de sa situation au lieu de ne rêver que de la savane, qu’il atteindra un jour ou l’autre. Et ne vous en faites pas, ma femme est au courant de tout ceci et elle m’a assuré que jamais le camion n’entrera dans le garage, quoi qu’il arrive. Plutôt en faire un studio ou un local de produits bio en vrac !

 

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